Le chiffre d’affaires et les entrées de commandes à des niveaux records. La rentabilité reste un défi.

Le groupe continue d’enregistrer une croissance robuste. Les défis opérationnels auxquels sont confrontés différents segments pèsent toutefois sur le résultat. La forte hausse des entrées de commandes montre que RUAG est bien préparé pour accomplir la dissociation des activités à venir....

Cher actionnaire,
Chers clients,
Mesdames, Messieurs,

Un chiffre d’affaires et des entrées de commandes record de respectivement CHF 1998 mio (+2,2%) et CHF 2221 mio (+13,3%) sont enregistrés d’une part, et un EBIT de CHF 106 mio (-10,8%) et une rentabilité de 5,3% (6,1%), de l’autre. Le cash-flow disponible a progressé de CHF – 59 mio. à CHF 94 mio. La position financière nette s’est elle aussi améliorée, passant de CHF 77 mio. à CHF 134 mio. Le conseil d’administration propose le versement à la Confédération d’un dividende de CHF 30 mio. (2017: CHF 40 mio.).

Le recul de l’EBIT est principalement dû aux défis opérationnels que doit relever la division Aerostructures, à savoir non seulement l’augmentation générale de ses capacités mais aussi le développement du site hongrois. À cela s’est ajoutée l’incidence négative des charges relatives à la dissociation des activités (près de CHF 5 mio.), des charges liées à la rationalisation du portefeuille de la division Ammotec (CHF 7 mio.) et des coûts engendrés par la cessation des activités d’entretien pour des clients civils sur le site de Berne-Belp (CHF 4 mio.).

Les mesures et programmes visant à accroître la rentabilité ont été encore renforcés, à la fois dans la production et dans les entités de support. Au cours de l’exercice sous revue, des programmes de réduction des coûts ont été complétés, les embauches ont été gelées et le site de Berne-Belp a été fermé. L’amélioration durable et constante de la rentabilité demeurera une priorité à l’avenir également. Quatre des cinq divisions ont contribué à la croissance du chiffre d’affaires: Aerostructures, Ammotec, Defence et Space. Aviation est la seule division à avoir affiché un léger recul. Les plus fortes hausses ont été réalisées par les activités liées aux munitions pour le segment Forces armées & Forces de l’ordre, ainsi que par la construction de composantes de structures d’avions dans le cadre du programme monocouloirs d’Airbus.

Quatre des cinq divisions ont contribué à la croissance du chiffre d’affaires: Aerostructures, Ammotec, Defence et Space. Aviation est la seule division à avoir affiché un léger recul. Les plus fortes hausses ont été réalisées par les activités liées aux munitions pour le segment Forces armées & Forces de l’ordre, ainsi que par la construction de composantes de structures d’avions dans le cadre du programme monocouloirs d’Airbus.

La contribution du secteur civil au chiffre d’affaires se maintient à 56 %, la part du chiffre d’affaires réalisé à l’étranger demeure inchangée à 62 %. Le principal client reste clairement le DDPS auprès duquel RUAG a généré 30 % de son chiffre d’affaires (2017: 31 %). Le nombre d’emplois à temps plein a baissé pour s’établir à 9127 à la fin de l’exercice sous revue (2017: 9189).

Évolution des divisions

Les résultats des différentes divisions sont eux aussi contrastés. Space et Ammotec ont pu atteindre, voire dépasser, leurs objectifs, abstraction faite des effets non récurrents. Dans le domaine spatial, le recul observé en Europe a été compensé par un développement des activités aux États-Unis. La division Space a pu y franchir une étape majeure: la première coiffe de charge utile destinée à l’espace a été construite à Decatur (Alabama). Elle effectuera son premier vol en 2020 à bord d’un lanceur Atlas V pour une mission du gouvernement des États-Unis. La nouvelle usine aura alors obtenu toutes les qualifications pour la production.

La division Ammotec a réussi à plus que compenser le repli du marché mondial dans le segment Chasse & Sport par une forte croissance dans le segment Forces armées & Forces de l’ordre. Outre un carnet de commandes du DDPS plus rempli, elle a bénéficié dans une mesure supérieure à la moyenne de la hausse des budgets de défense des États européens membres de l’OTAN. Les nouvelles commandes pour l’armée fédérale autrichienne reflètent le grand succès que connaît la division Ammotec avec ses activités liées aux forces armées et aux forces de l’ordre.

Après un exercice 2017 difficile, la division Defence est parvenue à enregistrer une forte hausse. Chacun de ses trois segments a contribué à ce résultat. Parmi ses nouvelles commandes, deux contrats avec l’armée suisse se démarquent. La modernisation de son système de transmission à large bande (BBUS) atteint un montant se situant dans la plage à deux chiffres en millions de francs suisses sur toute la durée du projet, c’est-à-dire jusqu’en 2021. Quant au projet de développement et de fabrication d’un total de 14 systèmes de désinfection et de stérilisation intégrés dans des conteneurs, il s’étend jusqu’en 2022. Ces deux marchés ont été remportés face à la concurrence.

Les résultats des divisions Aerostructures et Aviation sont restés en-deçà des attentes. Sur le marché domestique, la division Aviation s’est développée de manière réjouissante avec le contrat de service quinquennal et les divers programmes de maintien de la valeur pour les Forces aériennes suisses. En outre, elle a décroché un contrat porteur d’avenir à la fin de l’exercice: d’ici mi-2022, huit hélicoptères de transport Cougar des Forces aériennes suisses seront entièrement remis à neuf. Les segments Business Aviation et Dornier 228 ont quant à eux fait face à des défis persistants. Ainsi, Business Aviation a dû fermer le site de Berne-Belp en raison d’un taux d’exploitation des capacités trop bas et de l’achèvement des contrats d’entretien de la compagnie aérienne locale Skywork. Au final, non seulement le chiffre d’affaires mais aussi l’EBIT de la division ont reculé.

Le résultat de la division Aerostructures a surtout été déterminé par l’accélération de la cadence de production dans le cadre du programme monocouloirs d’Airbus. Cela a entraîné, d’une part, une augmentation importante du chiffre d’affaires et, d’autre part, un résultat d’exploitation très négatif du fait de la nécessité de développer les capacités et d’effectuer des charges supplémentaires pour accélérer la fabrication en série. L’achèvement à la fin de l’année 2018 du transfert de paquets de travail vers le site d’Eger (Hongrie) et la mise en service de la nouvelle installation de traitement des surfaces à Emmen – qui sera à l’avenir mise à disposition pour des commandes externes, devenant ainsi un prestataire de services – se sont révélés positifs pour le développement à venir de la division. Afin de garantir la rentabilité à long terme de la division, de vastes mesures en faveur d’une baisse des coûts et d’une augmentation de la productivité ont été initiées sur les trois sites d’Aerostructures: Emmen, Oberpfaffenhofen (Allemagne) et Eger (Hongrie).

Dissociation des activités

La dissociation des activités décidée en principe par le Conseil fédéral en mars et juin 2018 est fondamentale pour le futur développement de RUAG. Au 1er janvier 2020, le groupe sera ainsi organisé en deux entreprises indépendantes. Début 2019, les deux divisions Aviation et Defence seront rattachées selon leurs domaines d’activités aux deux nouvelles entités baptisées provisoirement «MRO Suisse» et «MRO International». Andreas Berger, ancien CEO de RUAG Defence, prend la tête de «MRO Suisse». La direction de «MRO International» est assurée par Felix Ammann, ancien Vice President Supply Chain de RUAG Aviation. Tous deux reporteront à Urs Breitmeier, CEO de RUAG, jusqu’au terme de la dissociation.

Les activités de RUAG principalement civiles et tournées vers l’international sont par ailleurs regroupées au sein d’une seconde entreprise baptisée provisoirement «RUAG International». La stratégie sera précisée en 2019 suite aux décisions du Conseil fédéral concernant la planification détaillée.

Mais la proposition du Conseil fédéral de dissocier les activités fait aussi écho aux exigences posées par le Contrôle fédéral des finances qui tient à ce que RUAG présente des comptes transparents par groupe de clients et indique les marges bénéficiaires séparément pour chaque groupe. Cela représente un changement de paradigme, sachant qu’au cours des deux dernières décennies, la règle était de dégager des synergies entre l’activité militaire suisse et les affaires civiles et militaires avec des tiers.

De nouveaux visages et de nouvelles activités

En 2018, plusieurs changements de personnel ont été opérés au sein du conseil d’administration et de l’équipe dirigeante de RUAG. Le passage de témoin par Hans-Peter Schwald, président du conseil d’administration de longue date, au Dr. Remo Lütolf s’est déroulé sans accroc. Pour pouvoir accompagner la dissociation de manière aussi efficace que possible, ce dernier a indiqué qu’il était prêt à relever temporairement de 30 % à 50 % son taux d’occupation. Désormais, Dr. Marie-Pierre de Bailliencourt assume la compétence Aerospace au sein du conseil d’administration. La langue française y est donc représentée et la part des femmes dépasse 30 %. Une succession a pu être réglée en interne pour la direction de la division Aerostructures. L’ancien Senior Vice President et responsable Programs & Sales, Dirk Prehn, a été nommé CEO au 1er juillet.

Afin de coordonner le vaste éventail d’activités de mise en oeuvre de la dissociation et de garantir une transition aussi optimale que possible vers les nouvelles structures, un Project Office a été créé sous la direction d’un Senior Vice President Transition Project. Dans ce contexte, les relations avec les différents organes de la Confédération revêtent une importance particulière. En 2018, les rapports avec l’actionnaire unique qu’est la Confédération ont pu être durablement stabilisés et améliorés grâce à la création en 2017 du poste de Vice President en charge des relations avec le propriétaire.

La collaboration avec le Contrôle fédéral des finances (CDF) s’est également renforcée. Divers audits ont été réussis et RUAG soutient pleinement le travail du CDF. Dans un communiqué de presse, il a été reproché au groupe de gonfler certaines de ses factures adressées au DDPS. Sur demande de RUAG, le CDF procédera à un contrôle supplémentaire au premier semestre 2019 afin de garantir une totale transparence.

En 2018, la mise en place et le renforcement de la conformité ont été résolument poursuivis. Les diverses activités ont été axées sur la gestion des tiers, la conformité des échanges commerciaux et la protection des données personnelles. La hausse des signalements sur la plate-forme d’alerte créée en 2016 montre entre autres que tant les collaborateurs que les acteurs externes ont confiance dans les processus de conformité de RUAG. Les dysfonctionnements et comportements inappropriés sont systématiquement traqués et, si nécessaire, sanctionnés.

Perspectives

Pour l’année 2019, RUAG table globalement sur une évolution stable. Le groupe s’attend à une croissance de la construction de composantes de structures d’avions, ainsi que des activités liées aux munitions dans le segment Forces armées & Forces de l’ordre. Toutefois, RUAG ne peut bénéficier que d’une manière limitée de la hausse des budgets de défense car la Suisse ne participe à aucun des programmes européens de développement de nouveaux systèmes. De même, l’augmentation des budgets de défense également observée au niveau mondial ne se traduira que partiellement par une croissance du chiffre d’affaires. Vis-à-vis de ses concurrents internationaux, l’entreprise est limitée par les strictes réglementations suisses relatives aux exportations et par les obligations étendues du propriétaire.

RUAG s’attend à ce que le chiffre d’affaires réalisé par les activités avec l’armée suisse demeure stable. Les différents contrats de service constituent une base à long terme pour parvenir à une meilleure efficience. Ils profitent aux deux partenaires. Dans le domaine spatial, RUAG table sur la poursuite de la croissance sur le marché états-unien et dans le segment New Space grâce au développement réussi de ses propres capacités de production. Cela devrait permettre de compenser la baisse attendue imputable aux programmes européens.

L’amélioration durable de la base de coûts représente un objectif primordial pour les années à venir. Pour le réaliser, les programmes permettant de gagner constamment en productivité et en efficience dans toutes les unités sont résolument poursuivis. Dans celles qui n’atteignent pas les cibles fixées, des mesures supplémentaires sont systématiquement prises pour réduire les coûts. Ces programmes produiront leur plein effet en 2020, au terme de la dissociation des activités.

En juin 2018, le Conseil fédéral a approuvé le concept de dissociation élaboré par le conseil d’administration et la direction. Sur cette base, un calendrier détaillé de la mise en oeuvre a été défini au cours de l’exercice sous revue. Le Conseil fédéral devrait décider à ce sujet au printemps 2019. Des ressources considérables seront requises. Au total, les frais devraient se situer aux alentours de CHF 70 mio., dont environ CHF 50 mio. au titre de 2019.

Le conseil d’administration et la direction sont convaincus que RUAG est bien placé pour relever avec succès, à l’avenir également, les défis technologiques et économiques. Nous nous réjouissons, d’une part, de garantir en tout temps l’approvisionnement de l’armée suisse de manière fiable, transparente et économique et, d’autre part, de poursuivre le développement des activités civiles et internationales, en tant que prestataire global agile et compétitif, en collaboration avec notre actionnaire, nos clients, nos partenaires et nos collaborateurs. Nous vous remercions tous pour votre fidélité, votre confiance, votre collaboration et votre engagement.

 RUAG Holding SA

sig. Dr. Remo Lütolf
Président du Conseil d’administration

sig. Urs Breitmeier
CEO du groupe RUAG